Photos

17 juin 2009

J’ai quelques difficultés pour afficher des images sur le blog ces derniers temps…A défaut de trouver une solution, voici un lien vers mon portfolio qui reprend une grande partie de mes photos depuis 2 ans :www.flolaval.com 

Regards vers le Nord

14 juin 2009

(Un texte que j’ai commencé il y a quelques mois et que j’ai enfin terminé !)

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Comme tous les voyages qui commencent à Dakar, le séjour débute par les embouteillages. Si l’autoroute n’est pas encore terminée, le péage est déjà mis en place. Tout automobiliste qui souhaite sortir de la ville devra s’acquitter d’une heure de bouchon. Thiaroye, Pikine, Guédiawaye, Rufisque,… Les communes englouties par l’expansion boulimique de Dakar défilent au ralenti. Enfoncé dans la file, coincé entre un camion et un car rapide, le taxi prend son mal en patience. Ses roues sont immobiles et pourtant le paysage semble défiler. Les vendeurs et les mendiants remontent les allées d’automobilistes. Leurs flux incessants et hétéroclites transforment les passagers en marchandises sur une chaine de production. Toutes les options, mêmes les plus inattendues, sont disponibles le long du tapis roulant : mouchoirs, mandarines, noix de cajou, journaux, carte de crédit téléphonique, mais aussi balai, cadre photo, paires de chaussettes,… L’offre semble aussi surprenante qu’infinie. Chacun sa fiche de poste à la  sortie de Dakar. Les bourrasques de vent et la poussière emportent les piétons et les vendeurs, les taxis et les camionneurs… Le grand bouillon nous ferait presque oublier que nous sommes immobilisés sur le bitume.

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La mécanique est bien huilée, et notre programme est bien réglé. Direction le Nord. Trois jours c’est court, sachons les mettre à profit et évitons les incidents techniques. Une halte chez l’ami Tapha Gueye coupera les 6 ou 7 heures de route. Nous profitons de l’hospitalité de notre cher saint louisien* pour alléger les lourdeurs du voyage et lester nos estomacs de son accueil royal. Il fait bon se balader dans les rues paisibles de Saint Louis. Il est tout aussi agréable de faire un petit tour en pirogue pour observer les pélicans de la réserve du Djouge juste à côté. Mais la pause est courte, l’objectif est plus loin, plus haut, juste sous la Mauritanie. Direction le nord, direction Richard Toll.

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Bien repue, la joyeuse bande des quatre copains reprend la route.  Nous arrivons juste avant la tombée de la nuit à Richard Toll. Mr Sow nous y attend. Nous sommes en retard ce qui n’est pas très délicat de notre part. L’accueil est évidemment chaleureux. Comme nous l’avions convenu, Mr Sow nous emmène chez une de ses femmes à quelques kilomètres de la ville. La nuit est tombée. Les phares du 4×4 tentent de percer l’obscurité. La route devient piste, les chemins se cachent et se tortillent. Une fois ou deux le véhicule vacille et soulève nos cœurs. Trente minutes passent. Au milieu de nulle part émerge subitement 5 cases. Nous sommes arrivés. Madame Sow nous attendait malgré l’heure tardive. A peine sommes nous arrivés qu’elle met en marche les marmites et nous prépare un bon repas. Mr Sow nous installe dans la plus confortable des cases. Nous nous asseyons avec lui. Il nous raconte son passé de syndicaliste à la CSS, la compagnie sucrière du Sénégal**, sa famille, la création de son campement… Les discussions sont ponctuées par de longs silences. La fatigue bien sûr,  mais aussi cette ambiance nocturne. Comme de petits enfants au fond de leurs lits, nous n’osons pas faire de bruit. Chaque son, chaque grincement est amplifié par l’obscurité et le silence du lieu.Le jour se lève, mais cette atmosphère silencieuse persiste. Les enfants vont traire les vaches et les chèvres. Mme Sow allume le feu de la marmite. Doucement la vie s’installe et la fraicheur du matin s’évanouit. Le soleil s’installe au dessus de nos têtes. Il nous autorise à parler à plus haute voix. Désormais la vie du campement bat son plein. Comme dans nos vieux souvenirs de vacances à la campagne, nous accompagnons les enfants qui amènent les vaches à l’abreuvoir. Trois ânes tractent un système de poulies pour arracher l’eau du puit. Menés à la baguette par un gamin qui prend son rôle très au sérieux, ils tractent leur fardeau.

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Encore une fois, au moment où nous pensons trouver nos marques, le bon rythme, le départ s’annonce. Nous avons rendez vous avec la dernière étape de notre petit périple : Richard Toll et la famille Samb. Nous devions arriver à la première heure pour participer au traditionnel match de football dominical du quartier. Notre ami Makhary nous accueille en râlant gentiment, nous sommes en retard. Rien de bien nouveau…  Le soleil nous assomme de son midi. Il n’y a pas le moindre point d’eau ou d’ombre autour du terrain. Le match ne sera pas bien long et nous irons vite nous réfugier à l’abri du feu pour siroter un jus de bissap bien glacé.Assis ou affalés dans le salon au milieu du jardin, nous digérons avec lourdeur et plaisir le consistant yassa yap**. La famille Samb est belle. Papa Samb est un père doux et respecté. Maman Samb protège ses filles comme si elles avaient toujours 5 ans. La famille est grande, les enfants sont nombreux. Il est au début difficile de différencier les frères, les cousins et les neveux. Les va-et-vient sont incessants chez les Samb. La maison est connue des proches et des voisins pour son accueil. Un jeune vient chercher des salades du potager de Papa Samb, pendant que Maman Samb reçoit ses cousines dans sa chambre. Les filles attendent leurs copines pour aller se balader dans la grande rue de Richard Toll. Tout en buvant du thé, les fils réparent un scooter et se passent l’ordinateur de Makhary. Le PC fonctionne à plein régime ces derniers temps : en cette période de préparation des élections municipales, il y a de nombreux tracts politiques à rédiger pour le petit parti des amis des fils Samb. Leur fougue et leurs critiques acerbes des pouvoirs locaux déplaisent à Papa Samb. Les hommes veulent changer le monde pendant que les femmes préparent déjà le repas du soir.

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Le voyage touche à sa fin. Il est malheureusement temps de rentrer à Dakar. Nous avons pu faire de belles rencontres et retrouver des personnes chères durant ces quelques jours. Leur accueil et leur hospitalité ont toujours été au rendez-vous. Malgré le plaisir de partager ces moments, il me reste un léger sentiment de malaise. Nous avons roulé, traversé, aperçu… Et que reste-t-il au final ? Qu’avons nous réellement compris des mondes que nous avons rencontrés ? Cela me rappelle les fêtes de mariage et de baptême en France. On retrouve sa grande famille, on mange, on boit, on discute, on s’amuse avec les cousins et les oncles éloignés. Mais au bout de quelques heures chacun rentre chez soi.  Le rituel se déroule tous les deux ou trois ans. Il nous donne l’impression de connaître un peu les gens. Mais à bien y réfléchir ce n’est pas le cas. On se l’avoue, et une fois qu’on l’accepte, on n’en perd pas pour autant le plaisir de participer à ces rituels familiaux. Les Gueye, Sow et Samb sont bien loin de moi désormais. Mais nos rencontres, même si courtes et si incomplètes, resteront tout de même des beaux moments de partage. Il n’y avait pas de subtilités culturelles ou de codes sociaux obscures dans notre bonheur de partager ces quelques moments. Il se passe bien quelque chose entre l’exotisme naïf et la froide analyse sociologique de rapports humains. Il y a bien des sourires et des regards qui veulent dire la même chose dans toutes les langues.

(*) Saint Louis se trouve sur la route de Richard Toll, à 3-4 heures de route de Dakar.

(**) Plat sénégalais à base de riz et de viande

imgp3738.jpg imgp3488.jpg Lire le reste de cet article »

Ego, ego, ego…

23 mars 2009

En attendant un vrai post, qui arrive bientôt, je laisse mon égo parler (une sorte de pléonasme quand on écrit un blog…) :Il y a un an, j’ai participé à un concours d’écriture organisé par le blog voyage de Liberation.fr, et très agréable surprise, on m’a envoyé ce lien il y a pas longtemps :http://voyages.liberation.fr/jeunesse-dun-tour-du-monde/carnets-de-route-la-version-pdf Un petit bout de texte publié en toute dernière page (page 15) du supplément de Libération du 18 novembre 2008.Voilà, mon égo a parlé, j’ai un peu honte… mais pas trop quand même… 

Passager à Dakar

1 février 2009


Un an à Dakar. Oui tout bien calculé je viens de passer un an à Dakar. Un an c’est tout de même symbolique. Un an c’est pas grand chose dans une vie je suppose, une goutte d’eau, juste un passage. Qu’est ce que je retiens au bout d’un an de passage ? Comment décrire, porter un jugement sur ce que j’ai rencontré ici ?

Les récits d’écrivains sont souvent remplis de grandes peintures qui font ressentir l’atmosphère des cités parcourues. Ces lieux emplis de tension, de sérénité, ou encore d’euphorie… Comment peut on sentir l’ambiance d’une ville ? Comment sortir des cartes postales pour extraire ce qui caractérise ces concentrés de vies humaines ? Je suis admiratif ou curieux de ceux qui savent retransmettre une ambiance, autant par leur faculté à capter et synthétiser leur parcours, que par leur manière de savoir retranscrire avec précision leurs impressions et leurs analyses.

Un an à Dakar et tant de visions contradictoires. Ces derniers temps on m’a plusieurs fois demandé : « Et alors Dakar, c’est comment ? Ca te plait ? ». Je ne sais pas quoi répondre à cette question. Oui je suis bien à Dakar. Mais est ce davantage par les rencontres que j’y fais que par la ville elle même ? Les deux sont-ils dissociables d’ailleurs ? C’est tout de même plus simple d’aimer une ville où l’on joui d’un emploi, d’un réseau sociale, de toutes les facilités et du confort d’un petit toubab.

Un an de séjour à Dakar. Cette ville me paraît immense, incontrôlable, infini, impossible à embrasser dans sa globalité. Pas assez de repère dans le temps, pas assez de repère pour comparer avec d’autres endroits… Et pour être honnête aussi, pas toujours assez de volonté pour sortir de certains sentiers préconçus pour expatriés. Dakar est une ville en paix. Mais les émeutes de la faim il y a quelques mois ont été violentes. La semaine dernière depuis la fenêtre de mon bureau j’ai vu des policiers lancer au fusil des gaz lacrimo sur des lycéens, sans sommation, touchant les voitures et les maisons aux alentours. Dakar est la capitale d’un pays démocratique. Mais la police ne se gène plus pour faire des descentes arbitraires dans les rédactions des médias privés. Dakar est une ville en plein développement, où l’on voit tous les jours des immeubles sortir de terre. Mais la semaine dernière en passant devant le stade Hassan Diouf, je n’ai pu y rentrer, les accès ont été murés. La mairie a vendu l’un des rares lieux où le quartier populaire de la Médina pouvait venir jouer et regarder du football. Alors c’est comment Dakar ? Il faut beaucoup plus qu’un an de vie, d’expérience, de curiosité pour pouvoir répondre sérieusement à cette question.

Pourtant, un an à Dakar, c’est tout de même un petit palier. On regarde différemment les nouveaux qui débarquent. Parfois je me surprends à trouver leurs premières impressions naïves, maladroites. Leurs crises d’exotisme et de spiritualité, leurs envies fantasmées de voyages, leur vision de « L’Afrique ». Mais je me garderai bien d’en rire, car souvent leurs remarques me ramènent à mes propres expériences. Il n’y aurait rien de plus pathétique que de vouloir jouer au vieux voyageur. Il n’y a rien de plus triste que ces toubabs qui se donnent un rôle de guide-tuteurs. Jouant de leur wolof en société, ils aiment raconter le Sénégal, ses endroits sauvages qu’ils ont découverts loin des chemins touristiques.

Il y a ceux qui partent et ceux qui arrivent. Comme un flot incessant, infini, qui rappelle que notre tour viendra un jour de repartir et d’être remplacé. On s’habitue aux lieux, on y grave des souvenirs. On finit par croire que l’on est chez soit et que ces bouts de rues, de quartiers nous appartiennent. Mais nous gravons dans le sable, et le temps souffle. Nous empruntons, et nous passons. Nous sommes tous de passage.

Un samedi en France

15 décembre 2008

Ce week-end j’ai passé mon samedi en France ! Sans billet d’avion, sans passeport, et sans sortir de Dakar… Oui c’est possible je vous assure. Cela peut déjà sembler une prestation remarquable, pourtant le tour de force ne s’arrête pas là. Non seulement j’ai réussi à passer quelques heures home sweet home, mais j’ai surtout réalisé cette prestation en très bonne compagnie. J’ai réussit à poser en photo avec l’homme qui va être le plus en vue ces prochains jours, celui que le monde entier va fébrilement attendre : le père noël !

Autant de prestidigitation en si peu de temps mérite explication. Contrairement à mes illustres confrères magiciens, je ne me ferais pas prier pour vous expliquer le truc.  En ce radieux samedi de décembre, certainement inspiré par la montée de la « féerie » de noël, nous nous sommes rendu entre amis dans le merveilleux monde de… Géant Casino !

Si partir faire ses courses en grande surface peut paraître une activité anodine en France, ici elle peut prendre un aspect très singulier, presque irréel. Le choc des folklores apparaît dans un premier temps comme un moment très amusant. Partir faire ses courses peut devenir une quête épique, digne des plus célèbres films Disney de digestion de repas de noël.  Au moment d’entrer dans le temple de la consommation, je me sens transporté une impression de voyage spatio-temporel : aller au supermarché dans une ville qui bouillonne  à la température de ses marchés de poissons, de légumes, de tissus, de statuts et d’attrape touristes… Passer dans les rayons de guirlande et de boites de chocolat après une après midi de baignade à la plage… Se laisser prendre en photo aux côtés d’un père noël sénégalais à barbe blanche synthétique… Voilà des grands écarts qui nous font vraiment franchir le mur du son.

En vérité, après le moment de rigolade, le merveilleux monde du Géant casino ressemble plus à une maison hantée.  On y retrouve de vieilles connaissances : l’entêtant pot de Nutella,  le terrible camember Président, ou encore les mystérieux mouchoirs en papier Lotus…  Tous les plus illustres invités du grand du bal de la publicité sont revenus achalander les allées. Une telle aventure dépose finalement une hôte pleine d’interrogation au pied de nos cerveaux enfumés. Sommes nous dans un parc d’attraction pour toubab mal expatrié ?  Est ce qu’il s’agit d’un nouveau vecteur d’implantation du virus du consumérisme sur la terre de la Teranga * ? Nous sommes peut être témoin ici d’une énième violente attaque de l’impérialisme dans un pays qui a bien du mal à développer son autonomie alimentaire…

Je ne prendrais malheureusement pas le temps de répondre à ces questions de manières sérieuses. Mais tout de même, en déambulant dans les rayons, certains faits s’imposent. Il y a bien quelques observations positives : tous ces jeunes qui s’activent aux caisses, dans les rayons, sur le parking. Le Géant Casino a bien du créer une centaine d’emplois. Espérons que cela compensera les dégâts que causera son implantation auprès de tous les petits épiciers et commerçants aux alentours…

Ma seconde observation invite cependant à plus de scepticisme. J’arpente les rayons, je décompte quelques étiquettes. Rapidement je me rends compte qu’il ne doit pas y avoir un seul rack, une seule gamme de produit, qui ne contiennent plus de 20% de produits sénégalais. Les gâteaux, les conserves, les produits d’hygiène et de lavage, ici rien de local. Le rayon Bio ne semble pas se sentir concerné, il se satisfait de ses produits suédois et asiatiques… Même les fruits et légumes ne goutent que très modérément le plaisir de parler le wolof. La menthe fraiche vient de France, elle coute dix fois plus cher que le basilic local…

Le coin des produits laitiers est envahit par les Danone et Nestlé, mais il s’en sort tout de même la tête haute : le début du rayon expose fièrement les produits de la Laiterie du Berger. Une entreprise sénégalaise qui travaille avec des éleveurs  du Sénégal pour fabriquer des produits laitiers locaux. Un projet enthousiasmant, mené par des gens passionnés et passionnants **. Souhaitons que leur aventure saura trouver les bons appuis et la persévérance indispensables pour faire face aux poids lourds internationaux de l’agroalimentaire.

Je suis bien conscient que mes observations et les sous entendus que je suggèrent sont assez sommaires.  Si il n’y a pas de force maléfique qui interdisent le développement des produits sénégalais, y a t  il pour autant une véritable volonté nationale ou international (FMI, Banque Mondiale, UE, AFD,…) qui va dans le bon sens ? Et si il y a des initiatives dans ce sens, quel sont leur poids vis à vis des dégât réalisés par les politiques de développement mono productrice  imposées par ces mêmes organismes *** ? Quel peuvent être leurs poids face au rouleau compresseur marketing et financier des multinationales ?

Quelques questions, bien naïves et sans réponse. Elles ne seront certainement pas reconnues à la caisse par le lecteur de code barre.  Nous arrivons à la fin du voyage, retour à Dakar. Nous quittons les guirlandes et la climatisation rutilante du simulateur d’hiver français. Un dernier signe à notre père noël. Assis sur son trône, il attend sa pause déjeuner. Il n’est pas encore né le méchant petit lutin consultant marketing qui lui fera changer son thiep bou dien**** contre un Big Mac frites !

 

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* teranga = l’hospitalité en wolof

** J’ai à plusieurs reprises eut l’occasion de les rencontrer, j’essaierai un jour d’en parler plus en détail.

*** Politiques qui poussent à la dépendance d’un pays, à développer l’odieux mécanisme de la dette, et ne permet pas un accès à l’autosuffisance alimentaire. Cette dernière étant  la toute première condition de développement d’une économie nationale. Quelques liens après une recherche rapide sur le net :

http://www.contre-pouvoir.be/content/une-domination-sans-partage/dette-exterieure/dette-exterieure.php

http://www.rinoceros.org/spip.php?page=mot2&id_mot=29&titre_mot=ouvrage〈=frhttp://www.cadtm.org/spip.php?article2555http://www.afriquechos.ch/spip.php?article1074

 **** Le plus incontournable des plats sénégalais, à base de poisson, de riz et de légumes.

Du nouveau

20 novembre 2008

au rayon photo :) 

taxi, mode d’emploi

19 novembre 2008

19H00, une heure tout à fait raisonnable pour commencer à envisager de rentrer à la maison. Une journée de travail plutôt bien remplis, ca va merci.

La nuit approche et son arrivé ne semble pas vouloir calmer l’animation du quartier. Le croisement où se situe mon bureau gronde encore de coups de klaxon stridents et de pots d’échappement suffocants. Au milieu du trafic un policier joue des mains et du sifflet pour se faire comprendre. Lunettes noires vissées sous le képi, il impose tant bien que mal le respect de l’uniforme à défaut de celui du code de la route.

Contrairement à l’an dernier, je ne cours plus après les cars rapides*, et cela gonfle mon budget transport. Mon passage du statu d’étudiant à celui de salarié m’a certainement un peu embourgeoisé… Désormais j’alpague les taxis. Il pourrait sembler très simple de prendre une de ces voitures jaunes et noires. Mais en réalité, au fur et à mesure de mon apprentissage de la vie dakaroise, je réalise que prendre un taxi c’est en réalité tout un art.

En France, prendre son transport journalier pour aller travailler représente un geste machinale, réglé comme une horloge. « Prendre le Bus 51 de 08h45, changer place de la Victoire, », « Correspondance Bastille, s’engager sur la ligne 5 direction Porte d’Italie », « 1,20 euros le ticket, 10 euros le carnet »… Ici tout est mouvant, incertain et chaque jour révèle sa surprise, son prix, sa négociation, sa rencontre.

Bien sur avec le temps se déplacer en transport en commun ou en taxi relève d’une certaine routine, mais si le Sénégalais n’est pas habitué à la grève surprise, les aléas font que l’on est jamais certain de ce qui pourra se passer jusqu’à l’arrivée à bon port.

Un taxi vide est repéré, on le siffle, ou plutôt, on le « psssssssssst ! ». Je ne sais quel mot employé pour décrire cette onomatopée. Si cela peut paraître assez impoli à première vue, le « psssssst » est ici d’utilité public : C’est de cette manière, et de celle ci uniquement, que l’on attire l’attention du taxi, du bus, et même du pompiste ou du vendeur ambulant de journaux,…

Un « pssssst » ferme, sec, déterminé, entraine ainsi en général un arrêt brutal du taxi en quête de client. Nous passons alors aux choses sérieuses : la NE-GO-CIA-TION. Voici le vif du sujet, il s’agit d’estimer tous les paramètres, ou du moins d’en oublier un minimum, pour bien évaluer le prix de la course et le défendre. Quelques mots en wolof pour introduire sont toujours les bienvenus. Quelle est la distance, l’affluence, le prix de l’essence, l’heure, la période dans le mois ?… Nombreux sont les critères qui entrent en jeu dans la définition du prix, je n’imagine pas encore tous les maitriser. Mais surtout, à chaque fois, il y a un contact, un échange à enclencher. Un taximan joyeux, aigri, un arnaqueur de toubab, un petit jeune, un « père »… A chaque fois il faut tenter de jauger, savoir se montrer ferme, distant, souriant… Tenter de trouver dans le regard de son interlocuteur le petit truc qui nous fait dire, « passe ton chemin », « encore un effort et tu auras ton prix » ou « voilà un compromis honnête ».

On dit souvent que le bon prix c’est le prix que nous sommes prêts à payer. Certes, il ne s’agit pas de gesticuler pour 100 FCFA, mais il me paraît important de chercher à coller aux prix du marché. C’est une des façons de tenter de s’intégrer, de comprendre le monde et la vie économique qui nous entoure. C’est une façon de montrer du respect à tous ces individus avec qui l’on emprunte le même espace public.

Après quelques mois passé à Dakar les anecdotes, les fou rires ou les colères avec les taximen sont légions. On garde le numéro de certains, histoire de pouvoir refaire la route avec eux. D’autres vous raconte leur vie, leurs enfants, leurs femmes, et se lancent dans des critiques acerbes du pouvoir et de la vie cher à Dakar. Malheureusement il y a aussi les nerveux, discutant jusqu’au dernier moment le prix ou qui refusent de changer d’un rien l’itinéraire pour prendre un ami sur la route. Il y a aussi ceux dont on ne peut que difficilement comprendre comment les lois de la physique tolèrent encore leur activité du haut de leurs fébriles 4 roues. Enfin, il y a ceux qui n’ont jamais intégré le principe de la priorité. Ils ne se sont jamais trop demandé à quoi pouvais servir la pédale à côté de l’accélérateur… quand celle ci fonctionne encore.

Me voilà arrivé en un seul morceau à destination, al ramdhoulila ! Allons donc fêter cela autour d’une petite Gazelle** avec les copains ! Grâce à nos amis les taximen nous aurons toujours de quoi rafraichir nos discussions sans fin et notre compréhension encore bien embouteillé du Sénégal. Les petits toubabs ont encore de la route avant d’être au point sur le mode d’emploi du bon dakarois.

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* Un des modes de transport en commun

** Une marque de bière d’Afrique de l’ouest

Fodé et l’ASC Kussum

14 octobre 2008

“Mais ca fait longtemps mon ami ! - Oui ca fait bien longtemps mon ami !” J’ai très vite retrouvé Fodé dans mon nouveau passage dakarois. Fodé mon ami guinéen, toujours aussi passionné de football, toujours le regard fixé vers le ciel, toujours aussi rêveur et plein d’espoir pour l’avenir. Peut être trop, peut être inconscient. Nous aurons un jour l’occasion d’évoquer ce genre de sujet… En attendant le moment est aux salutations et questions sur la famille. Et ces palabres sont bien vite expédiées. Nous voilà déjà revenu sur notre sujet favori, notre étroite porte d’entrée, pour tenter de pénétrer nos mondes respectifs. Le ballon rond !

Justement cela tombe bien c’est un sujet plus que d’actualité. Fodé me parle de ces matchs qui rythment toute la période de l’hivernage à Dakar, les Nawetanes. Peut être plus populaires que la première division professionnelle du Sénégal, les Nawetanes offrent bien plus que des rencontres de football.  Une effervescence dans des rues déjà bien animées, une euphorie qui gagne des quartiers tout dévoués à leur équipe respective. Matchs retransmis en direct à la télévision, sponsors qui arrivent à amadouer des clubs de plus en plus réceptifs à leurs appels du pied… Mais aussi une dimension mystique, comment gagner un titre sans faire appel à un bon marabou ? Sous certains aspects il semblerai bien que ces matchs amateurs de quartiers soient en voie de récupération par le business et les luttes de pouvoirs.* En partie du moins, pour avoir assisté depuis mon arrivée à certains de ces matchs, il s’y dégage toujours une ambiance conviviale. Il y a des centaines voire des milliers de spectateurs pour un match, et pourtant les Nawetanes cela reste du sport amateur, du sport étudiant, du sport familial. Il semble que l’enjeu ne dépasse jamais le jeu.

En attendant j’accepte avec beaucoup d’excitation l’invitation de Fodé à venir le rejoindre pour un entrainement avec son équipe du quartier populaire de Médina. L’ASC Kussum a su le séduire, lui apporter une sorte de cadre familial.  Il en déciderait presque de quitter son club de deuxième division sénégalaise de Ngore**. L’avenir de mon ami Guinéen au sein de cette équipe aux portes de la professionnalisation est plus qu’incertain, et Fodé semble avoir des relations assez compliquées avec les dirigeants…  En attendant, me voilà au stade Hassan Diouf***, l’entrainement est commencé depuis bien longtemps et il m’est assez difficile de faire une entrée discrète et fondue dans le décor : On avait déjà bien vu passé un brésilien ou un portugais sur ce terrain, mais jamais un toubab, un français ! Et on ne peut pas dire que j’avais fier allure,  tout juste sorti du travail en chemise cintrée de petit cadre parisien…. je vais fébrilement à la rencontre de 50  ou 100 joueurs en train de suer sur le terrain****, peut être le triple dans les gradins et autour de la main courante en train de suivre les jeux et les exxercices… Je m’avance timidement vers le coach, présentation express, trois tours de terrain pour s’échauffer et c’est parti. Chasuble rouge, sable chaud et crampons moulés. Les regards sont pesants, les spectateurs prêts à réagir au moindre geste technique comme à la première gaffe sur une passe ratée. Pas facile de rester serein quand on sent une pression du public plus forte ici pour un entrainement que pour n’importe quel match départemental de mon petit district de Gironde…

En se concentrant sur les causeries du coach, on devine derrière les mots en wolofs un discours digne de n’importe quelle division française de foot, à base de “même si le prochain match est amical il ne faudra pas le prendre à la légère”, “il faut donner le meilleur de soi à l’entrainement pour réaliser un bon match dimanche”… sans oublier la traditionnelle séance d’appel des joueurs sélectionné pour le match… Il y a cependant des éléments du décor qui nous ramène à une tout autre réalité : Entre le béton des gradins qui tombent en ruine et le terrain en sable collant, on se croirait plus sur un chantier que dans l’antre de l’un des meilleurs clubs de quartier de Dakar. Malgré ces conditions exécrables, le niveau des joueurs et des équipes A comme B, est plutôt relevé. Football technique, rapide, puissant. Même si parfois les passes sont un peu à contre temps et les interventions défensives de l’ordre de la tauromachie, il faut s’accrocher pour accéder à une place de titulaire en équipe première.

Heureusement pour moi, ce n’était pas là mon ambition. J’ai pu discuter à la fin du match avec l’encadrement du club et leur exposer ma simple envi de venir partager quelques moments de sport dans une ambiance conviviale. Et si un jour l’occasion se présente, rendre service en match officiel, si cela pouvait être dans mes moyens bien sur. J’ai répété ce discours au président, au coach, à l’adjoint du coach, mais aussi au président du club des supporters, aux “mamans” qui prennent soin de Fodé… Bref, il y avait beaucoup de monde à rencontrer pour espérer être un peu intégré. L’après match fut très long.  Et  avant de partir, il fut bien impossible de refuser le thie bou diem préparé par la famille du capitaine de l’ASC Kussum…

Le repas se termine, il fait presque nuit. L’obscurité attenue peu à peu la folle activité des rues du quartier. Il est temps de rentrer chacun chez soi.  Comme à chaque fois la nuit vient discrètement nous rappeler que malgré nos efforts et nos contorsions, nous ne sommes pas du même monde. Le talentueux guinéen aux pieds de cristal ne montera pas dans le carrosse de citrouille. Je prends un taxi et rentre au château. C’est un bien drôle de monde qui m’entoure. Où la nuit place des barrières implacables entre des ghettos, et le jour offre quelques fenêtres de rencontre autour d’un bout de cuire arrondis.

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* L’un des plus grands clubs de la ville est financé par le fils du président de la République… ce dernier étant chaque jour davantage pressenti pour se présenter à la suite du père…

** Les matchs de championnats réguliers au Sénégal, que se soit la division professionnelle ou les divisions inférieurs amateurs ont lieu en partie en même temps que les Nawetanes… ou n’ont pas lieu du tout. La fédération sénégalaise de football traverse une grave crise depuis de longs mois et les championnats sont souvent interrompus.

*** J’espère bien pouvoir rassembler assez d’info pour pouvoir parler un jour du scandale immobilier qui semble entourer ce stade, à moitié en friche, vendu par la mairie à des promoteurs immobiliers dont ils semblent peu probable que l’activité sportive du quartier soit une de leur priorité…

**** Deux clubs s’entrainent sur ce même terrain simultanément, chacun se compose, au  grand minimum, de deux équipes de sénior.

En attendant…

8 octobre 2008

… en attendant d’écrire un vrai post, j’inaugure la rubrique “Tout et rien” avec un texte que j’ai (enfin) fini d’écrire ces derniers jours… 

Le phare des Mamelles

22 septembre 2008

Je n’ai jamais été très doué pour reconnaître les lieux depuis la vue aérienne d’un avion. Mais là quand même… J’avais beau me tordre le coup depuis le hublot,  cela m’a paru vraiment invraisemblable. Le phare des Mamelles, oui cela ressemblait fortement au phare des Mamelles ! Pourtant je le connaissais bien ce fier bâtiment tout en haut d’une colline au Nord Ouest de Dakar. Tout seul depuis ses hauteures, il semblait n’avoir besoin de personne pour protéger les navires. Pas une maison, pas un arbre, rien que du sable et de la poussière tout autour. Tout au plus acceptait il quelques rochers à ses côtés et une route pour se laisser accéder, mais cela semblait déjà l’importuner.

Depuis la vitre arrière du taxi, cette fois-ci, la réalité ne saurait plus être distordue. Il s’agissait bien du phare des Mamelles ! Et je devais me rendre à l’évidence, c’était bien lui noyé dans tout cette verdure … Je l’avais quitté en juin fier et solitaire, je le retrouve aujourd’hui presque englouti sous un tapis de verdure.  A peine trois mois hors de Dakar et il y ait des endroits que l’on ne saurait presque reconnaître. Le taximan ne pourrait concevoir ma surprise, je n’ai pas connu la période de l’hivernage, voilà tout !  Les mois d’été à Dakar sont parfois terribles. Un grand soleil se transforme en un rien de temps en un redoutable orage, les rues sablonneuses en marécages impraticables, les principaux axes routiers, déjà surchargés, explosent. Les dakarois les plus malchanceux doivent alors endurer jusqu’à dix heures d’embouteillage pour rentrer chez eux ! J’avais donc éviter l’enfer semble-t-il…

Pourtant, depuis la fenêtre de mon bureau, voilà une idée  auquel je pourrai bien décider de tordre le coup. Une nouvelle coupure de courant, voilà trois heures. La température monte dans les couloirs mais désormais aucun climatiseur ne peut venir à notre rescousse. Il fait chaud ! Il fait très chaud ! Se lever de son bureau énergiquement,  ranger des piles de dossiers, pire… monter des escaliers ! Autant d’opérations qui semblent devenir insupportables, étouffantes. Il suffit de s’adosser à une chaise pour coller définitivement sa chemise trempée sur  ses omoplates, de mettre la ceinture de sécurité en voiture pour marquer son teeshirt d’une diagonale. Pourquoi partir en cure de saunât et hammam quand il suffit de traverser une rue piétonne avec un pas  accéléré ?

Affalé sur mon lit et enfin détendu, la nuit tombe et je repense à mon phare des Mamelles. Dans le fond, il ne semble pas bien oppressé par tout ce parasitage autour de lui. Il n’ira sans doute pas s’agiter pour remettre de l’ordre dans tout ce chiendent et  ce trèfle à vingt mille feuilles. Grand sage qu’il est, il se dit peut être qu’il suffira d’attendre tranquillement que les grosses chaleurs d’automne, doucement, effectuent ce labeur. 

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