Blabla


Note d’intention du projet RsAs

Dimanche 15 novembre 2009

www.rencontres-africaines.org« J’ai depuis visité quinze zones du monde parmi les cinq continents, pour témoigner à la fois de l’uniformité des préoccupations communes à l’humanité et de l’infinie et merveilleuse diversité dans laquelle celle-ci les exprime… ».Titouan Lamazou. Depuis 2006, je découvre quelques fragments d’Afrique. Plus le temps passe et plus les représentations que l’on donne de ce continent me paraissent naïves voire dangereuses. Plus le temps passe et plus il me semble rare de trouver des points de vues qui ne se laissent glisser ni vers le misérabilisme, ni vers l’exotisme. Qui ne peuvent s’empêcher de réduire un continent à un vaste terrain peuplé d’hommes et de femmes aux folklores semblables. C’est peut être le propre des regards que nous portons sur l’étranger. Ce besoin de définir et de s’expliquer l’inconnu en le simplifiant, en le réduisant… et donc très vite en le caricaturant. J’ai toujours la plus grande difficulté à trouver la bonne distance face aux stéréotypes qui nous permettent de nous représenter le monde, de le discuter, et aussi d’en rire…Titouan Lamazou oppose « l’uniformité des préoccupations communes à l’humanité » et « l’infinie et merveilleuse diversité dans laquelle celle-ci les exprime… ». Rencontres AfricaineS prend le parti de mettre en avant le caractère fondamental du premier sur le second. D’appuyer sur ce qui rapprochent les hommes, leurs craintes et leurs aspirations universelles (manger, boire, trouver sa place dans la société, se reproduire, être heureux) et non sur ce qui les différencient : la diversité des pratiques pour assouvir ces aspirations. Partir de ce qui nous rapproche et non de ce qui nous différencie. Se rassembler autour de ce qui nous uni. Faire preuve d’empathie. Voilà il me semble le meilleur moyen de vraiment comprendre l’autre et sa différence.Comment trouver l’opportunité de parler d’Afrique sans allusion aux couplets « guerre-sida-famine-corruption » ou « nature-sagesse-temps-animalité » ? Rencontres AfricaineS répond avec pragmatisme : le football, la prochaine coupe du monde de football en Afrique du Sud en 2010. L’organisation de la première coupe du monde de football sur le continent africain va, durant des semaines, polariser l’ensemble des regards, monopoliser l’attention médiatique internationale. Le football « paillettes » donc, mais aussi le football comme lien social, le football comme langage quasi universel. Le football comme facilitateur de rencontre, le football comme vecteur d’émotion et de joie qui se partage et se communique sans code et langage communautaire. Le ballon rond rebondit de la même manière pour tout le monde. Sable, bitume ou gazon, voilà des terrains propices aux échanges de passes et de points de vue, si affinités. Après de nombreux dribbles chaloupés et quelques jongles ajustées, les rythmes cardiaques s’accélèrent, l’ambiance se réchauffe et le cœur des défenses adverses se laissent plus facilement pénétrer.« Rencontres Africaines » veut raconter des histoires d’hommes et de football et réaliser des portraits au fil d’un voyage sur ce continent. Partir du football, de son implication sociale au sein des communautés rencontrées, pour découvrir des femmes et des hommes. Observer « l’infini et merveilleuse diversité » de leurs spécificités, de leurs mode vie, pour mieux révéler l’universalité de leurs aspirations au bonheur.imgp5876.jpg

Première version du site web !

Mercredi 28 octobre 2009

Nous avons mis en ligne la première version du site internet pour notre projet “Rencontres Africaines, des histoires d’Hommes et de football”.En voici le lien : www.rencontres-africaines.org Il s’agit pour le moment d’une version très simple. Le site évoluera au moment de notre départ pour devenir notre carnet de voyage.

Des histoires d’Hommes et de football.

Vendredi 2 octobre 2009

Dakar c’est fini. Il était temps de le dire ici et de mettre un peu le blog à jour.

Mais « il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas », de nouvelles envies,  un nouveau projet : Rencontres Africaines !

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Rencontres Africaines, des histoires d’Hommes et de football.

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7 mois et une boucle sur le continent africain,

De l’Angola à l’Afrique du Sud,

De la CAN* à la Coupe du monde de football.

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Bientôt plus d’information !

 www.rencontres-africaines.org

 

 

 

* CAN : Coupe d’Afrique des Nations

Photos

Mercredi 17 juin 2009

J’ai quelques difficultés pour afficher des images sur le blog ces derniers temps…A défaut de trouver une solution, voici un lien vers mon portfolio qui reprend une grande partie de mes photos depuis 2 ans :www.flolaval.com

Regards vers le Nord

Dimanche 14 juin 2009

(Un texte que j’ai commencé il y a quelques mois et que j’ai enfin terminé !) imgp3097.jpgComme tous les voyages qui commencent à Dakar, le séjour débute par les embouteillages. Si l’autoroute n’est pas encore terminée, le péage est déjà mis en place. Tout automobiliste qui souhaite sortir de la ville devra s’acquitter d’une heure de bouchon. Thiaroye, Pikine, Guédiawaye, Rufisque,… Les communes englouties par l’expansion boulimique de Dakar défilent au ralenti. Enfoncé dans la file, coincé entre un camion et un car rapide, le taxi prend son mal en patience. Ses roues sont immobiles et pourtant le paysage semble défiler. Les vendeurs et les mendiants remontent les allées d’automobilistes. Leurs flux incessants et hétéroclites transforment les passagers en marchandises sur une chaine de production. Toutes les options, mêmes les plus inattendues, sont disponibles le long du tapis roulant : mouchoirs, mandarines, noix de cajou, journaux, carte de crédit téléphonique, mais aussi balai, cadre photo, paires de chaussettes,… L’offre semble aussi surprenante qu’infinie. Chacun sa fiche de poste à la  sortie de Dakar. Les bourrasques de vent et la poussière emportent les piétons et les vendeurs, les taxis et les camionneurs… Le grand bouillon nous ferait presque oublier que nous sommes immobilisés sur le bitume.imgp3119.jpgLa mécanique est bien huilée, et notre programme est bien réglé. Direction le Nord. Trois jours c’est court, sachons les mettre à profit et évitons les incidents techniques. Une halte chez l’ami Tapha Gueye coupera les 6 ou 7 heures de route. Nous profitons de l’hospitalité de notre cher saint louisien* pour alléger les lourdeurs du voyage et lester nos estomacs de son accueil royal. Il fait bon se balader dans les rues paisibles de Saint Louis. Il est tout aussi agréable de faire un petit tour en pirogue pour observer les pélicans de la réserve du Djouge juste à côté. Mais la pause est courte, l’objectif est plus loin, plus haut, juste sous la Mauritanie. Direction le nord, direction Richard Toll.imgp3230.jpgBien repue, la joyeuse bande des quatre copains reprend la route.  Nous arrivons juste avant la tombée de la nuit à Richard Toll. Mr Sow nous y attend. Nous sommes en retard ce qui n’est pas très délicat de notre part. L’accueil est évidemment chaleureux. Comme nous l’avions convenu, Mr Sow nous emmène chez une de ses femmes à quelques kilomètres de la ville. La nuit est tombée. Les phares du 4×4 tentent de percer l’obscurité. La route devient piste, les chemins se cachent et se tortillent. Une fois ou deux le véhicule vacille et soulève nos cœurs. Trente minutes passent. Au milieu de nulle part émerge subitement 5 cases. Nous sommes arrivés. Madame Sow nous attendait malgré l’heure tardive. A peine sommes nous arrivés qu’elle met en marche les marmites et nous prépare un bon repas. Mr Sow nous installe dans la plus confortable des cases. Nous nous asseyons avec lui. Il nous raconte son passé de syndicaliste à la CSS, la compagnie sucrière du Sénégal**, sa famille, la création de son campement… Les discussions sont ponctuées par de longs silences. La fatigue bien sûr,  mais aussi cette ambiance nocturne. Comme de petits enfants au fond de leurs lits, nous n’osons pas faire de bruit. Chaque son, chaque grincement est amplifié par l’obscurité et le silence du lieu.Le jour se lève, mais cette atmosphère silencieuse persiste. Les enfants vont traire les vaches et les chèvres. Mme Sow allume le feu de la marmite. Doucement la vie s’installe et la fraicheur du matin s’évanouit. Le soleil s’installe au dessus de nos têtes. Il nous autorise à parler à plus haute voix. Désormais la vie du campement bat son plein. Comme dans nos vieux souvenirs de vacances à la campagne, nous accompagnons les enfants qui amènent les vaches à l’abreuvoir. Trois ânes tractent un système de poulies pour arracher l’eau du puit. Menés à la baguette par un gamin qui prend son rôle très au sérieux, ils tractent leur fardeau.imgp3329.jpgEncore une fois, au moment où nous pensons trouver nos marques, le bon rythme, le départ s’annonce. Nous avons rendez vous avec la dernière étape de notre petit périple : Richard Toll et la famille Samb. Nous devions arriver à la première heure pour participer au traditionnel match de football dominical du quartier. Notre ami Makhary nous accueille en râlant gentiment, nous sommes en retard. Rien de bien nouveau…  Le soleil nous assomme de son midi. Il n’y a pas le moindre point d’eau ou d’ombre autour du terrain. Le match ne sera pas bien long et nous irons vite nous réfugier à l’abri du feu pour siroter un jus de bissap bien glacé.Assis ou affalés dans le salon au milieu du jardin, nous digérons avec lourdeur et plaisir le consistant yassa yap**. La famille Samb est belle. Papa Samb est un père doux et respecté. Maman Samb protège ses filles comme si elles avaient toujours 5 ans. La famille est grande, les enfants sont nombreux. Il est au début difficile de différencier les frères, les cousins et les neveux. Les va-et-vient sont incessants chez les Samb. La maison est connue des proches et des voisins pour son accueil. Un jeune vient chercher des salades du potager de Papa Samb, pendant que Maman Samb reçoit ses cousines dans sa chambre. Les filles attendent leurs copines pour aller se balader dans la grande rue de Richard Toll. Tout en buvant du thé, les fils réparent un scooter et se passent l’ordinateur de Makhary. Le PC fonctionne à plein régime ces derniers temps : en cette période de préparation des élections municipales, il y a de nombreux tracts politiques à rédiger pour le petit parti des amis des fils Samb. Leur fougue et leurs critiques acerbes des pouvoirs locaux déplaisent à Papa Samb. Les hommes veulent changer le monde pendant que les femmes préparent déjà le repas du soir.imgp3470.jpgLe voyage touche à sa fin. Il est malheureusement temps de rentrer à Dakar. Nous avons pu faire de belles rencontres et retrouver des personnes chères durant ces quelques jours. Leur accueil et leur hospitalité ont toujours été au rendez-vous. Malgré le plaisir de partager ces moments, il me reste un léger sentiment de malaise. Nous avons roulé, traversé, aperçu… Et que reste-t-il au final ? Qu’avons nous réellement compris des mondes que nous avons rencontrés ? Cela me rappelle les fêtes de mariage et de baptême en France. On retrouve sa grande famille, on mange, on boit, on discute, on s’amuse avec les cousins et les oncles éloignés. Mais au bout de quelques heures chacun rentre chez soi.  Le rituel se déroule tous les deux ou trois ans. Il nous donne l’impression de connaître un peu les gens. Mais à bien y réfléchir ce n’est pas le cas. On se l’avoue, et une fois qu’on l’accepte, on n’en perd pas pour autant le plaisir de participer à ces rituels familiaux. Les Gueye, Sow et Samb sont bien loin de moi désormais. Mais nos rencontres, même si courtes et si incomplètes, resteront tout de même des beaux moments de partage. Il n’y avait pas de subtilités culturelles ou de codes sociaux obscures dans notre bonheur de partager ces quelques moments. Il se passe bien quelque chose entre l’exotisme naïf et la froide analyse sociologique de rapports humains. Il y a bien des sourires et des regards qui veulent dire la même chose dans toutes les langues.(*) Saint Louis se trouve sur la route de Richard Toll, à 3-4 heures de route de Dakar.(**) Plat sénégalais à base de riz et de viandeimgp3738.jpg imgp3488.jpg Lire le reste de cet article »

Ego, ego, ego…

Lundi 23 mars 2009

En attendant un vrai post, qui arrive bientôt, je laisse mon égo parler (une sorte de pléonasme quand on écrit un blog…) :Il y a un an, j’ai participé à un concours d’écriture organisé par le blog voyage de Liberation.fr, et très agréable surprise, on m’a envoyé ce lien il y a pas longtemps :http://voyages.liberation.fr/jeunesse-dun-tour-du-monde/carnets-de-route-la-version-pdf Un petit bout de texte publié en toute dernière page (page 15) du supplément de Libération du 18 novembre 2008.Voilà, mon égo a parlé, j’ai un peu honte… mais pas trop quand même…

Passager à Dakar

Dimanche 1 février 2009

Un an à Dakar. Oui tout bien calculé je viens de passer un an à Dakar. Un an c’est tout de même symbolique. Un an c’est pas grand chose dans une vie je suppose, une goutte d’eau, juste un passage. Qu’est ce que je retiens au bout d’un an de passage ? Comment décrire, porter un jugement sur ce que j’ai rencontré ici ?

Les récits d’écrivains sont souvent remplis de grandes peintures qui font ressentir l’atmosphère des cités parcourues. Ces lieux emplis de tension, de sérénité, ou encore d’euphorie… Comment peut on sentir l’ambiance d’une ville ? Comment sortir des cartes postales pour extraire ce qui caractérise ces concentrés de vies humaines ? Je suis admiratif ou curieux de ceux qui savent retransmettre une ambiance, autant par leur faculté à capter et synthétiser leur parcours, que par leur manière de savoir retranscrire avec précision leurs impressions et leurs analyses.

Un an à Dakar et tant de visions contradictoires. Ces derniers temps on m’a plusieurs fois demandé : « Et alors Dakar, c’est comment ? Ca te plait ? ». Je ne sais pas quoi répondre à cette question. Oui je suis bien à Dakar. Mais est ce davantage par les rencontres que j’y fais que par la ville elle même ? Les deux sont-ils dissociables d’ailleurs ? C’est tout de même plus simple d’aimer une ville où l’on joui d’un emploi, d’un réseau sociale, de toutes les facilités et du confort d’un petit toubab.

Un an de séjour à Dakar. Cette ville me paraît immense, incontrôlable, infini, impossible à embrasser dans sa globalité. Pas assez de repère dans le temps, pas assez de repère pour comparer avec d’autres endroits… Et pour être honnête aussi, pas toujours assez de volonté pour sortir de certains sentiers préconçus pour expatriés. Dakar est une ville en paix. Mais les émeutes de la faim il y a quelques mois ont été violentes. La semaine dernière depuis la fenêtre de mon bureau j’ai vu des policiers lancer au fusil des gaz lacrimo sur des lycéens, sans sommation, touchant les voitures et les maisons aux alentours. Dakar est la capitale d’un pays démocratique. Mais la police ne se gène plus pour faire des descentes arbitraires dans les rédactions des médias privés. Dakar est une ville en plein développement, où l’on voit tous les jours des immeubles sortir de terre. Mais la semaine dernière en passant devant le stade Hassan Diouf, je n’ai pu y rentrer, les accès ont été murés. La mairie a vendu l’un des rares lieux où le quartier populaire de la Médina pouvait venir jouer et regarder du football. Alors c’est comment Dakar ? Il faut beaucoup plus qu’un an de vie, d’expérience, de curiosité pour pouvoir répondre sérieusement à cette question.

Pourtant, un an à Dakar, c’est tout de même un petit palier. On regarde différemment les nouveaux qui débarquent. Parfois je me surprends à trouver leurs premières impressions naïves, maladroites. Leurs crises d’exotisme et de spiritualité, leurs envies fantasmées de voyages, leur vision de « L’Afrique ». Mais je me garderai bien d’en rire, car souvent leurs remarques me ramènent à mes propres expériences. Il n’y aurait rien de plus pathétique que de vouloir jouer au vieux voyageur. Il n’y a rien de plus triste que ces toubabs qui se donnent un rôle de guide-tuteurs. Jouant de leur wolof en société, ils aiment raconter le Sénégal, ses endroits sauvages qu’ils ont découverts loin des chemins touristiques.

Il y a ceux qui partent et ceux qui arrivent. Comme un flot incessant, infini, qui rappelle que notre tour viendra un jour de repartir et d’être remplacé. On s’habitue aux lieux, on y grave des souvenirs. On finit par croire que l’on est chez soit et que ces bouts de rues, de quartiers nous appartiennent. Mais nous gravons dans le sable, et le temps souffle. Nous empruntons, et nous passons. Nous sommes tous de passage.

Un samedi en France

Lundi 15 décembre 2008

Ce week-end j’ai passé mon samedi en France ! Sans billet d’avion, sans passeport, et sans sortir de Dakar… Oui c’est possible je vous assure. Cela peut déjà sembler une prestation remarquable, pourtant le tour de force ne s’arrête pas là. Non seulement j’ai réussi à passer quelques heures home sweet home, mais j’ai surtout réalisé cette prestation en très bonne compagnie. J’ai réussit à poser en photo avec l’homme qui va être le plus en vue ces prochains jours, celui que le monde entier va fébrilement attendre : le père noël !

Autant de prestidigitation en si peu de temps mérite explication. Contrairement à mes illustres confrères magiciens, je ne me ferais pas prier pour vous expliquer le truc.  En ce radieux samedi de décembre, certainement inspiré par la montée de la « féerie » de noël, nous nous sommes rendu entre amis dans le merveilleux monde de… Géant Casino !

Si partir faire ses courses en grande surface peut paraître une activité anodine en France, ici elle peut prendre un aspect très singulier, presque irréel. Le choc des folklores apparaît dans un premier temps comme un moment très amusant. Partir faire ses courses peut devenir une quête épique, digne des plus célèbres films Disney de digestion de repas de noël.  Au moment d’entrer dans le temple de la consommation, je me sens transporté une impression de voyage spatio-temporel : aller au supermarché dans une ville qui bouillonne  à la température de ses marchés de poissons, de légumes, de tissus, de statuts et d’attrape touristes… Passer dans les rayons de guirlande et de boites de chocolat après une après midi de baignade à la plage… Se laisser prendre en photo aux côtés d’un père noël sénégalais à barbe blanche synthétique… Voilà des grands écarts qui nous font vraiment franchir le mur du son.

En vérité, après le moment de rigolade, le merveilleux monde du Géant casino ressemble plus à une maison hantée.  On y retrouve de vieilles connaissances : l’entêtant pot de Nutella,  le terrible camember Président, ou encore les mystérieux mouchoirs en papier Lotus…  Tous les plus illustres invités du grand du bal de la publicité sont revenus achalander les allées. Une telle aventure dépose finalement une hôte pleine d’interrogation au pied de nos cerveaux enfumés. Sommes nous dans un parc d’attraction pour toubab mal expatrié ?  Est ce qu’il s’agit d’un nouveau vecteur d’implantation du virus du consumérisme sur la terre de la Teranga * ? Nous sommes peut être témoin ici d’une énième violente attaque de l’impérialisme dans un pays qui a bien du mal à développer son autonomie alimentaire…

Je ne prendrais malheureusement pas le temps de répondre à ces questions de manières sérieuses. Mais tout de même, en déambulant dans les rayons, certains faits s’imposent. Il y a bien quelques observations positives : tous ces jeunes qui s’activent aux caisses, dans les rayons, sur le parking. Le Géant Casino a bien du créer une centaine d’emplois. Espérons que cela compensera les dégâts que causera son implantation auprès de tous les petits épiciers et commerçants aux alentours…

Ma seconde observation invite cependant à plus de scepticisme. J’arpente les rayons, je décompte quelques étiquettes. Rapidement je me rends compte qu’il ne doit pas y avoir un seul rack, une seule gamme de produit, qui ne contiennent plus de 20% de produits sénégalais. Les gâteaux, les conserves, les produits d’hygiène et de lavage, ici rien de local. Le rayon Bio ne semble pas se sentir concerné, il se satisfait de ses produits suédois et asiatiques… Même les fruits et légumes ne goutent que très modérément le plaisir de parler le wolof. La menthe fraiche vient de France, elle coute dix fois plus cher que le basilic local…

Le coin des produits laitiers est envahit par les Danone et Nestlé, mais il s’en sort tout de même la tête haute : le début du rayon expose fièrement les produits de la Laiterie du Berger. Une entreprise sénégalaise qui travaille avec des éleveurs  du Sénégal pour fabriquer des produits laitiers locaux. Un projet enthousiasmant, mené par des gens passionnés et passionnants **. Souhaitons que leur aventure saura trouver les bons appuis et la persévérance indispensables pour faire face aux poids lourds internationaux de l’agroalimentaire.

Je suis bien conscient que mes observations et les sous entendus que je suggèrent sont assez sommaires.  Si il n’y a pas de force maléfique qui interdisent le développement des produits sénégalais, y a t  il pour autant une véritable volonté nationale ou international (FMI, Banque Mondiale, UE, AFD,…) qui va dans le bon sens ? Et si il y a des initiatives dans ce sens, quel sont leur poids vis à vis des dégât réalisés par les politiques de développement mono productrice  imposées par ces mêmes organismes *** ? Quel peuvent être leurs poids face au rouleau compresseur marketing et financier des multinationales ?

Quelques questions, bien naïves et sans réponse. Elles ne seront certainement pas reconnues à la caisse par le lecteur de code barre.  Nous arrivons à la fin du voyage, retour à Dakar. Nous quittons les guirlandes et la climatisation rutilante du simulateur d’hiver français. Un dernier signe à notre père noël. Assis sur son trône, il attend sa pause déjeuner. Il n’est pas encore né le méchant petit lutin consultant marketing qui lui fera changer son thiep bou dien**** contre un Big Mac frites !

 

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* teranga = l’hospitalité en wolof

** J’ai à plusieurs reprises eut l’occasion de les rencontrer, j’essaierai un jour d’en parler plus en détail.

*** Politiques qui poussent à la dépendance d’un pays, à développer l’odieux mécanisme de la dette, et ne permet pas un accès à l’autosuffisance alimentaire. Cette dernière étant  la toute première condition de développement d’une économie nationale. Quelques liens après une recherche rapide sur le net :

http://www.contre-pouvoir.be/content/une-domination-sans-partage/dette-exterieure/dette-exterieure.php

http://www.rinoceros.org/spip.php?page=mot2&id_mot=29&titre_mot=ouvrage〈=frhttp://www.cadtm.org/spip.php?article2555http://www.afriquechos.ch/spip.php?article1074

 **** Le plus incontournable des plats sénégalais, à base de poisson, de riz et de légumes.

Du nouveau

Jeudi 20 novembre 2008

au rayon photo :) 

taxi, mode d’emploi

Mercredi 19 novembre 2008

19H00, une heure tout à fait raisonnable pour commencer à envisager de rentrer à la maison. Une journée de travail plutôt bien remplis, ca va merci.

La nuit approche et son arrivé ne semble pas vouloir calmer l’animation du quartier. Le croisement où se situe mon bureau gronde encore de coups de klaxon stridents et de pots d’échappement suffocants. Au milieu du trafic un policier joue des mains et du sifflet pour se faire comprendre. Lunettes noires vissées sous le képi, il impose tant bien que mal le respect de l’uniforme à défaut de celui du code de la route.

Contrairement à l’an dernier, je ne cours plus après les cars rapides*, et cela gonfle mon budget transport. Mon passage du statu d’étudiant à celui de salarié m’a certainement un peu embourgeoisé… Désormais j’alpague les taxis. Il pourrait sembler très simple de prendre une de ces voitures jaunes et noires. Mais en réalité, au fur et à mesure de mon apprentissage de la vie dakaroise, je réalise que prendre un taxi c’est en réalité tout un art.

En France, prendre son transport journalier pour aller travailler représente un geste machinale, réglé comme une horloge. « Prendre le Bus 51 de 08h45, changer place de la Victoire, », « Correspondance Bastille, s’engager sur la ligne 5 direction Porte d’Italie », « 1,20 euros le ticket, 10 euros le carnet »… Ici tout est mouvant, incertain et chaque jour révèle sa surprise, son prix, sa négociation, sa rencontre.

Bien sur avec le temps se déplacer en transport en commun ou en taxi relève d’une certaine routine, mais si le Sénégalais n’est pas habitué à la grève surprise, les aléas font que l’on est jamais certain de ce qui pourra se passer jusqu’à l’arrivée à bon port.

Un taxi vide est repéré, on le siffle, ou plutôt, on le « psssssssssst ! ». Je ne sais quel mot employé pour décrire cette onomatopée. Si cela peut paraître assez impoli à première vue, le « psssssst » est ici d’utilité public : C’est de cette manière, et de celle ci uniquement, que l’on attire l’attention du taxi, du bus, et même du pompiste ou du vendeur ambulant de journaux,…

Un « pssssst » ferme, sec, déterminé, entraine ainsi en général un arrêt brutal du taxi en quête de client. Nous passons alors aux choses sérieuses : la NE-GO-CIA-TION. Voici le vif du sujet, il s’agit d’estimer tous les paramètres, ou du moins d’en oublier un minimum, pour bien évaluer le prix de la course et le défendre. Quelques mots en wolof pour introduire sont toujours les bienvenus. Quelle est la distance, l’affluence, le prix de l’essence, l’heure, la période dans le mois ?… Nombreux sont les critères qui entrent en jeu dans la définition du prix, je n’imagine pas encore tous les maitriser. Mais surtout, à chaque fois, il y a un contact, un échange à enclencher. Un taximan joyeux, aigri, un arnaqueur de toubab, un petit jeune, un « père »… A chaque fois il faut tenter de jauger, savoir se montrer ferme, distant, souriant… Tenter de trouver dans le regard de son interlocuteur le petit truc qui nous fait dire, « passe ton chemin », « encore un effort et tu auras ton prix » ou « voilà un compromis honnête ».

On dit souvent que le bon prix c’est le prix que nous sommes prêts à payer. Certes, il ne s’agit pas de gesticuler pour 100 FCFA, mais il me paraît important de chercher à coller aux prix du marché. C’est une des façons de tenter de s’intégrer, de comprendre le monde et la vie économique qui nous entoure. C’est une façon de montrer du respect à tous ces individus avec qui l’on emprunte le même espace public.

Après quelques mois passé à Dakar les anecdotes, les fou rires ou les colères avec les taximen sont légions. On garde le numéro de certains, histoire de pouvoir refaire la route avec eux. D’autres vous raconte leur vie, leurs enfants, leurs femmes, et se lancent dans des critiques acerbes du pouvoir et de la vie cher à Dakar. Malheureusement il y a aussi les nerveux, discutant jusqu’au dernier moment le prix ou qui refusent de changer d’un rien l’itinéraire pour prendre un ami sur la route. Il y a aussi ceux dont on ne peut que difficilement comprendre comment les lois de la physique tolèrent encore leur activité du haut de leurs fébriles 4 roues. Enfin, il y a ceux qui n’ont jamais intégré le principe de la priorité. Ils ne se sont jamais trop demandé à quoi pouvais servir la pédale à côté de l’accélérateur… quand celle ci fonctionne encore.

Me voilà arrivé en un seul morceau à destination, al ramdhoulila ! Allons donc fêter cela autour d’une petite Gazelle** avec les copains ! Grâce à nos amis les taximen nous aurons toujours de quoi rafraichir nos discussions sans fin et notre compréhension encore bien embouteillé du Sénégal. Les petits toubabs ont encore de la route avant d’être au point sur le mode d’emploi du bon dakarois.

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* Un des modes de transport en commun

** Une marque de bière d’Afrique de l’ouest