Avec un peu de retard, voici quelques moments sympathique de mon premier week-end 2008 à Dakar.
Tout d’abord, la soirée de vendredi soir. Par l’intermédiaire d’amis d’amis d’amis sénégalais je me suis retrouvé à une soirée concert dans un quartier populaire de la banlieue Nord Est de Dakar (.. J’ai encore du mal avec l’orientation mais cela doit être à peu près ça). Pour changer, je vous éviterais d’émettre des sarcasmes sur le retard de plus de 4h30 sur l’horaire programmé… Le retard c’est quand même un concept bien toubab. C’est l’heure de débuter quand tout le monde est là et que tout est près, quitte à attendre un peu, c’est quand même bien plus pratique. L’heure de rendez vous n’est qu’un des éléments qui permettra de savoir à quel moment tout doit débuter. Je fais ici quelques suppositions… Mais je me dis que c’est comme cela que mes voisins sur les sièges d’à côté ont du voir les choses… En tout cas s’ils s’étaient comportés comme de bons toubabs, cela ferait bien longtemps qu’ils se seraient laissés déborder par leur impatience et auraient mis le feu à la billetterie pour se faire rembourser…

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Je profite de ce petit détail pour faire une remarque plus générale sur ce que je raconte depuis plus d’un mois ici : Il m’arrive souvent de prendre un ton très ironique pour décrire certaines situations, parfois d’en rajouter un peu et aussi de jouer avec les stéréotypes faciles sur la façon dont l’Afrique peut être fantasmée. Cela m’a déjà valu de longs mails de rappel à l’ordre, dénonçant un côté frimeur et sarcastique qui ne peut que laisser supposer un dangereux glissement vers des pensées racistes et démontrant que je ne chercherai en aucun cas à comprendre le pays que je viens rencontrer. Ce rappel à l’ordre, même démesuré, est loin de m’être inutile : Par effet de style et pour rendre des textes plus dynamiques, je me suis amusé à entrechoquer des différences culturelles profondes (Un ressort comique comme un autre après tout… Qui ne rigole pas de blagues sur les belges, corses, basques etc.…) mais je n’ai pas su à côté de cela proposer un regard distant sur tous ces clichés. Bien préciser qu’il n’y avait dans mon propos aucun jugement de valeur, et que je m’efforce à tendre vers toujours plus d’écoute, de compréhension, et de respect, avec les gens que je peux rencontrer. Je ferais donc à l’avenir plus attention à ce que je peux écrire. J’espère sincèrement ne pas froisser les personnes qui liront ces pages.
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Le concert a tout de même pu débuter, les rangées de sièges autour du podium comme les gradins du stade de football étaient pleines. Il régnait une ambiance de kermesse, vieux, jeunes, enfants, on aurait dit que tout le quartier s’était donné rendez vous pour danser sur les rythme mbalax aux percus endiablées et applaudir les chanteurs de reggae, de hip-hop ou encore de musique traditionnelle sénégalaise.
En parlant avec quelques personnes autour de moi j’ai pu comprendre qu’il ne s’agissait pas d’un simple concert. Mais qu’il y avait une finalité bien plus importante pour cette manifestation : les fonds récoltés lors de l’évènement sont destinés à promouvoir la reconnaissance de la 18ème langue sérréres du Sénégal. Et qu’une bonne partie des gens présents sont issus d’un village nommé Monrolland situé dans la région de Thies (proche de Dakar) et de l’ethnie des Ndout (j’espère ne pas avoir fait d’erreur, je n’ai pas pu prendre beaucoup de notes pendant la soirée…).
Monrolland est peut être un petit village, il semble pourtant regorger d’une grande richesse musicale. La soirée a été animée par plus d’une quinzaine de chanteurs, accompagnés de leurs musiciens, de tout âge et de tout styles. Dans les moments les plus électriques de la soirée, lorsque les chanteurs les plus appréciés par le public apparaissent sur scène, les femmes se lèvent de leur sièges et se rassemblent par petits groupe au milieu de la piste. Elles tapent du pied au rythme des djembés et des tamas (tambourin que l’on positionne sous l’aisselle), se déhanchent et se désarticulent. Tous les membres semblent pris de spasmes, et la cadence semble toujours plus rapide.

Mais la dernière partie offre le bouquet final. Bien que le Mbalax est la faveur de tous les habitants du Sénégal et de la Gambie (http://www.jeuneafrique.com/pays/senegal/article_depeche.asp?art_cle=APA00917anneseibmag0), Monrolland garde un faible pour le reggae… Et pour cause, cette région a vu naître nombres d’artistes parmi les “reggaemen” les plus en vogue du Sénégal. En particulier un qui a le plus retenu mon attention : Marcel Salem (http://profile.myspace.com/index.cfm?fuseaction=user.viewprofile&friendID=108821886).
Alors qu’il prenait le micro pour se présenter (ce ne devait pas être vraiment utile vu l’effervescence qu’a suscité son arrivée sur scène) et qu’il parlait en wolof, les gens se sont mis tout d’un coup à applaudir de manière plus sérieuse et engagée. Mon voisin m’expliqua que Marcel était en train de faire la morale à tous les politiciens venu se faire remercier dans les discours d’introduction de la soirée. L’artiste leur rappelait leurs engagements et les promesses jamais tenues sur le développement de Monrolland, en particulier ses infrastructures indignes dont les travaux sont toujours prévus pour demain. Il faudra tout le tact de l’animateur de la soirée pour venir reprendre le micro dans les mains de Marcel et l’empêcher d’en remettre une couche avant de quitter la scène…
Mais Marcel sait de quoi il parle et d’où il vient. Si sa carrière commence à prendre de l’essor, que la France lui tend les bras et que les tournées en Afrique de l’ouest sont déjà signées, il n’a pas pour autant oublié les travaux dans les champs, les études stoppées bien trop tôt et la dure vie des petits boulots de Dakar. Une de ses plus célèbres chansons rend d’ailleurs hommage aux tirailleurs sénégalais (http://www.marcelsalem.com/index01.htm), qui furent massacrés pendant la nuit du 1er décembre 1944 par l’armée française parce qu’ils réclamaient de manière somme toute assez légitimes leurs soldes à Thiaroye (http://www.africamaat.com/article.php3?id_article=66&artsuite=1).
Par un petit hasard j’ai pu serrer la main de Marcel Salem… bref échange de sourire, politesse et convivialité… Une petite photo avec quelques fans qui passaient par là…
Il est 6h du matin, le concert ne veut toujours pas se terminer… Tant pis on ne verra pas les deux derniers artistes programmés… Les rangées de danseurs se sont bien éclaircies mais il reste une poignée d’irréductibles toujours éveillés, prêts à bondir pour danser sur un dernier son reggae.
