Karabane
Jeudi 28 février 2008Première étape de notre modeste périple en Casamance, les deux nuits que nous y avons passé seront les meilleurs moments du séjour. L’expression « le temps s’est arrêté » prend ici tout son sens, nos pas se font plus lents, les paroles moins fortes. Karabane, sait faire oublier à ses touristes d’où ils viennent le temps de quelques nuits… Et peut être aussi où ils sont, l’histoire se garde bien de rappeler le rôle tragique de l’île dans la traite négrière, au profit de la plus célèbre île de Gorée (à tort ou à raison ?) : http://www.museecarabane.com/wiki/index.php?title=History-fr
http://terrainsdessavoirs.unblog.fr/histoire-carabane/ )
Le campement nous laisse presque les pieds dans l’eau, nous pouvons observer aisément les pêcheurs arpentant le littoral. A tout moment, ils peuvent s’arrêter, scruter l’horizon et d’un geste puissant et précis lancer leur filet sur plusieurs mètres devant eux. La scène me paraissait tellement photogénique que je ne pu m’empêcher de venir à la rencontre du pêcheur. Si ce dernier se montre un court instant méfiant de toutes ces « photos de pub que l’on retrouve après sur internet », un climat de confiance s’installe très vite. On pouvait même sentir un début de complicité quand il m’a tendu son filet… A toi maintenant mon p’tit gars ! Ce qui me fascine le plus dans la gestuelle de mon pêcheur, Malamine, c’est la facilité que suggère chacun de ses mouvements qu’ils enchaînent en toute sérénité. Ils forment un lancer plein d’élégance et de légèreté qui vient se déposer sur l’eau en un cercle presque parfait. Ce qui fait le plus rire ce karabanais s’est la maladresse avec laquelle je me crispe pour faire tomber à mes pieds un tas de ficelle… Dois-je vous aiguiller pour deviner qui à ramener le repas du soir chez Malamine ?
Je retrouve justement le soir Malamine, les nombreux poissons sont venus régaler ses deux enfants, sa femme, mais aussi cousins et voisins. Nous nous retrouvons autour du feu (et de
Comment refuser de rester pour une deuxième journée sur l’île quand Malamine décide de nous faire découvrir son île ? Nous l’avons ainsi accompagner « cueillir » des huîtres dans la mangrove. Arrachées des racines des arbustes au bord de l’eau, notre guide nous montrait comment les déguster braisées au feu de bois. Au loin nous apercevons l’agitation et le va et vient des femmes du village dans le bouillonnement des couleurs de leur tenues et de tous les ustensiles et charges qu’elles portent sur la tête. A peine repus nous partons donc à leur rencontre. Nous sommes dans le jardin de Karabane, de nombreuses familles y viennent cultiver leurs salades, betteraves, pomme de terre… Leur sourire cache difficilement la dureté du travail, puiser l’eau des puits, charger les arrosoirs, balayer les interminables rangés de légumes. Encore une fois tous ces mouvements de ballet coordonnés au millimètre dégagent une impression de simplicité et de facilité…Au retour nous passons par le cimetière chrétien, la célèbre tombe du Capitaine français Protet enterré debout face à la mer a bien du mal à nous interpeller après cette journée de rêve…
Simplicité, encore ce mot quand on repense à nos rapports avec les gens ici. Toutes les questions que j’ai pu vous exposer dans mes précédents post ne m’ont pas suivi à Karabane. Les difficultés pour comprendre l’autre, Le rencontrer sans tricher ou se mentir. Bien sur ces quelques instants passés sur l’île sont forcément éphémères et bien trop courts. Nous les avons pourtant sentis si sincères. Comme ce petit pincement au cœur dans la pirogue du retour, comme un vague goût de fin de colonie de vacances. Malamine est venu nous accompagner pour notre départ, son dernier sourire était bien à l’image de cette île, paisible et serein. Peut on sérieusement dire adieu à Karabane une fois que l’on y a goûté ?



