mars 2008


Epices et épiciers

Jeudi 27 mars 2008

13h00, la faim commence à me tenailler. Mon compte skype s’affole et m’indique que mes collègues sont dans le même état que moi. Personne ne se fait prier, tout le monde descend pour aller prendre sa pause du midi. Je n’ai jamais trop parlé de mon travail ici. Voici donc la fabuleuse histoire de mes déjeuners du midi.C’est devenu notre repère, notre cantine, comme une pièce annexe du bureau, tous les midis nous prenons la direction de la gargote de chez Aby.Aby est une maman d’une quarantaine d’année, elle tient un petit restaurant juste devant un grand axe routier qui mène vers l’aéroport. Il est difficile de ne pas remarquer sa coquette gargote peinte en rose, son petit portillon rose et ses rideaux roses.. pales, car délavés par le temps et sans doute aussi par toute la poussière de sable que brasse la proximité de la route.De toutes les gargotes proches du travail, nous avons d’emblée choisit celle d’Aby. Son sourire, ses exclamations et ses grands gestes qui viennent tous les jours saluer notre arrivée nous ont immédiatement fait élire domicile chez elle.Mais attention, derrière toute cette bonne humeur, Aby cache un redoutable sens du marketing… On sent qu’Aby a compris comment fidéliser sa clientèle : Elle reste toujours vigilante à ne pas laisser la poussière s’installer dans sa gargote, jouant de grands coups de chiffon nerveux sur les chaises où elle nous invite à nous assoir. Elle mémorise le prénom de ses clients en quelques repas, leur propose toujours du choix dans les plats. Sa cuisine est simple mais bonne. Thiébou djeune, yassa poisson, yassa viande, mafé. Aby nous mijote tous les jours les grands classiques de la cuisine populaire sénégalaise. On mange à sa faim, ou du moins les assiettes sont suffisantes pour un estomac normalement constitué (… et donc juste limites pour le bataillon de parachutistes qui attend au fond du mien !).Un seul défaut reste persistant dans sa cuisine et nous amène toujours à la même interrogation. Qu’est ce qui pousse Aby à vouloir à tout prix perforer nos estomac à grands coups de cuillère (de louche ?) de piment ? D’où lui vient cet acharnement à scrupuleusement bien mélanger les épices dans son riz ? La patronne se montre insensible à nos plaintes, elle ne laisse aucune bouchée de secours à tous les palais enflammés. Les mois passent et les fins de repas sont toujours aussi brûlantes. Les visages soufflants de mes collègues sénégalais me rassurent presque, je ne suis pas en train de faire mon sensible petit toubab. Il fait vraiment chaud chez Aby !Puisque changer de cantine est désormais inconcevable, je me suis trouvé un petit moyen de contournement. Sur le chemin du retour, je fais un petit détour par l’épicier à l’angle de la rue. A première vue, la proximité semble bien le seul argument qui puisse pousser un individu à oser rentrer ici : Une armée de mouche, un large éventail d’odeur nauséabonde (celle du pot de sardinade macérant depuis des heures à l’air libre reste tout de même la plus prégnante…) et de vieux journaux utilisés comme essuie-tout, modestes garants des règles d’hygiène du commerce… Heureux sont les aveugles qui n’ont pas à se pencher au dessus du comptoir pour apercevoir les couteaux qui serviront à découper fromage, saucisson ou beurre… Pourtant il m’arrive de temps à autre de me laisser tenter par un sandwich maison. Mon estomac a jusqu’à présent supporter la charge, je dois donc être un brin mauvaise langue…Mais revenons en à mes incendies de bouches, car l’épicerie du quartier vend un produit miraculeux pour éteindre le feu buccal : les Bisckrems. Ce sont des biscuits au chocolat, rien dans leur consistance ne leur permet de se distinguer d’une quelconque marque de confiserie internationale . Mais ils ont tout de même le mérite de se trouver au bon endroit au bon moment ! Et ces pompiers chocolatés sont alors les bienvenus dans ces moments d’urgence.Quand le boutiquier n’est pas disponible, c’est son apprenti qui me les vend. Le jeune garçon ne doit pas être âgé de plus de 14 ans. Ses gestes sont toujours au ralentis, sans aucune délicatesse il vous jette la monnaie sur le comptoir. Depuis que notre bureau est installé dans le quartier, il est toujours présent à la boutique. Je ne pourrais pas dire que j’ai vraiment eu l’occasion de discuter avec lui. Son français et mon wolof sont bien trop limités. Alors je ne peux que l’observer. Ibrahim n’est pas un enfant tout à fait normal. Sa bouche ouverte, sa lenteur à assimiler les conseils ou les ordres qu’on lui donne expliquent assez vite qu’il doit avoir un problème ou un retard mental. Comprend-il les moqueries que lui envoient les enfants qui viennent à la boutique ? Ou fait-il semblant de ne pas les entendre ? Il faut souvent répéter et insister avec de grands gestes explicites pour obtenir sa demande. Et tant bien que mal le garçon répond à chacune.Mais finalement je prend plaisir à venir lui acheter mes Bisckrems. Je ne sais pas si un jour il retiendra mon prénom, en attendant je me contente avec plaisir de ces « Alors patron ?! » quand je viens à sa rencontre. Son sourire est bien différent de celui de Aby, moins expressif, plus vague, il ne met pas aussi à l’aise. Il vient tout de même s’additionner à tout ceux que je commence à rencontrer devant la maison ou dans la rue qui m’amène au travail. En remontant me connecter à mon amis Skype, je réalise que tous ces instants de brèves complicités m’offrent une douce illusion, celle d’être désormais un peu chez moi.

Petite rallonge

Dimanche 23 mars 2008

Tout d’abord, désolé à ceux qui auraient tenté de se connecter ces derniers jours au blog, une méchante vague de spam est venue noyer mes pages web… Apparemment le cale est revenue… je ne sais pas trop ce qui s’est passé mais tout remarche… Merci à mon hébergeur qui a réglé le problème… 

La petite info de la fin de semaine, c’est que contrairement à ce qui été prévu, je ne me suis pas réveillé ce matin dans ma petite chambre de garçon chez papa et maman… mais à Dakar toujours dans ma coloc. Miracle ? Non juste une fin de semaine un peu précipitée où nous avons convenu avec ma boss, durant les deux derniers jours de travail, d’une petite rallonge de temps au Sénégal et à PlaNet Finance.

Les mauvaises langues diront que j’ai cherché par tous les moyens à rester plus longtemps quitte à trouver n’importe quelle truc à faire… Honnêtement ce n’est pas le cas, j’ai décidé de rester car la mission de trois mois que l’on m’a confiée peut vraiment m’être bénéfique et devrait vraiment m’apprendre de nouvelles chose : je vais travailler sur des activités de microassurance, un secteur en plein développement et qui attire pas mal ma curiosité… on verra bien, affaire à suivre…

 

Donc conclusion, billet d’avion repoussé au 21 juin. Sûr cette fois je rentre (après mon billet n’est plus valable de toute façon) !

Trois mois c’est bien dérisoire de toute façon, alors à très vite !