Le phare des Mamelles
Lundi 22 septembre 2008
Je n’ai jamais été très doué pour reconnaître les lieux depuis la vue aérienne d’un avion. Mais là quand même… J’avais beau me tordre le coup depuis le hublot, cela m’a paru vraiment invraisemblable. Le phare des Mamelles, oui cela ressemblait fortement au phare des Mamelles ! Pourtant je le connaissais bien ce fier bâtiment tout en haut d’une colline au Nord Ouest de Dakar. Tout seul depuis ses hauteures, il semblait n’avoir besoin de personne pour protéger les navires. Pas une maison, pas un arbre, rien que du sable et de la poussière tout autour. Tout au plus acceptait il quelques rochers à ses côtés et une route pour se laisser accéder, mais cela semblait déjà l’importuner.
Depuis la vitre arrière du taxi, cette fois-ci, la réalité ne saurait plus être distordue. Il s’agissait bien du phare des Mamelles ! Et je devais me rendre à l’évidence, c’était bien lui noyé dans tout cette verdure … Je l’avais quitté en juin fier et solitaire, je le retrouve aujourd’hui presque englouti sous un tapis de verdure. A peine trois mois hors de Dakar et il y ait des endroits que l’on ne saurait presque reconnaître. Le taximan ne pourrait concevoir ma surprise, je n’ai pas connu la période de l’hivernage, voilà tout ! Les mois d’été à Dakar sont parfois terribles. Un grand soleil se transforme en un rien de temps en un redoutable orage, les rues sablonneuses en marécages impraticables, les principaux axes routiers, déjà surchargés, explosent. Les dakarois les plus malchanceux doivent alors endurer jusqu’à dix heures d’embouteillage pour rentrer chez eux ! J’avais donc éviter l’enfer semble-t-il…
Pourtant, depuis la fenêtre de mon bureau, voilà une idée auquel je pourrai bien décider de tordre le coup. Une nouvelle coupure de courant, voilà trois heures. La température monte dans les couloirs mais désormais aucun climatiseur ne peut venir à notre rescousse. Il fait chaud ! Il fait très chaud ! Se lever de son bureau énergiquement, ranger des piles de dossiers, pire… monter des escaliers ! Autant d’opérations qui semblent devenir insupportables, étouffantes. Il suffit de s’adosser à une chaise pour coller définitivement sa chemise trempée sur ses omoplates, de mettre la ceinture de sécurité en voiture pour marquer son teeshirt d’une diagonale. Pourquoi partir en cure de saunât et hammam quand il suffit de traverser une rue piétonne avec un pas accéléré ?
Affalé sur mon lit et enfin détendu, la nuit tombe et je repense à mon phare des Mamelles. Dans le fond, il ne semble pas bien oppressé par tout ce parasitage autour de lui. Il n’ira sans doute pas s’agiter pour remettre de l’ordre dans tout ce chiendent et ce trèfle à vingt mille feuilles. Grand sage qu’il est, il se dit peut être qu’il suffira d’attendre tranquillement que les grosses chaleurs d’automne, doucement, effectuent ce labeur.




