Du nouveau
Jeudi 20 novembre 2008au rayon photo :)
au rayon photo :)
19H00, une heure tout à fait raisonnable pour commencer à envisager de rentrer à la maison. Une journée de travail plutôt bien remplis, ca va merci.
La nuit approche et son arrivé ne semble pas vouloir calmer l’animation du quartier. Le croisement où se situe mon bureau gronde encore de coups de klaxon stridents et de pots d’échappement suffocants. Au milieu du trafic un policier joue des mains et du sifflet pour se faire comprendre. Lunettes noires vissées sous le képi, il impose tant bien que mal le respect de l’uniforme à défaut de celui du code de la route.
Contrairement à l’an dernier, je ne cours plus après les cars rapides*, et cela gonfle mon budget transport. Mon passage du statu d’étudiant à celui de salarié m’a certainement un peu embourgeoisé… Désormais j’alpague les taxis. Il pourrait sembler très simple de prendre une de ces voitures jaunes et noires. Mais en réalité, au fur et à mesure de mon apprentissage de la vie dakaroise, je réalise que prendre un taxi c’est en réalité tout un art.
En France, prendre son transport journalier pour aller travailler représente un geste machinale, réglé comme une horloge. « Prendre le Bus 51 de 08h45, changer place de la Victoire, », « Correspondance Bastille, s’engager sur la ligne 5 direction Porte d’Italie », « 1,20 euros le ticket, 10 euros le carnet »… Ici tout est mouvant, incertain et chaque jour révèle sa surprise, son prix, sa négociation, sa rencontre.
Bien sur avec le temps se déplacer en transport en commun ou en taxi relève d’une certaine routine, mais si le Sénégalais n’est pas habitué à la grève surprise, les aléas font que l’on est jamais certain de ce qui pourra se passer jusqu’à l’arrivée à bon port.
Un taxi vide est repéré, on le siffle, ou plutôt, on le « psssssssssst ! ». Je ne sais quel mot employé pour décrire cette onomatopée. Si cela peut paraître assez impoli à première vue, le « psssssst » est ici d’utilité public : C’est de cette manière, et de celle ci uniquement, que l’on attire l’attention du taxi, du bus, et même du pompiste ou du vendeur ambulant de journaux,…
Un « pssssst » ferme, sec, déterminé, entraine ainsi en général un arrêt brutal du taxi en quête de client. Nous passons alors aux choses sérieuses : la NE-GO-CIA-TION. Voici le vif du sujet, il s’agit d’estimer tous les paramètres, ou du moins d’en oublier un minimum, pour bien évaluer le prix de la course et le défendre. Quelques mots en wolof pour introduire sont toujours les bienvenus. Quelle est la distance, l’affluence, le prix de l’essence, l’heure, la période dans le mois ?… Nombreux sont les critères qui entrent en jeu dans la définition du prix, je n’imagine pas encore tous les maitriser. Mais surtout, à chaque fois, il y a un contact, un échange à enclencher. Un taximan joyeux, aigri, un arnaqueur de toubab, un petit jeune, un « père »… A chaque fois il faut tenter de jauger, savoir se montrer ferme, distant, souriant… Tenter de trouver dans le regard de son interlocuteur le petit truc qui nous fait dire, « passe ton chemin », « encore un effort et tu auras ton prix » ou « voilà un compromis honnête ».
On dit souvent que le bon prix c’est le prix que nous sommes prêts à payer. Certes, il ne s’agit pas de gesticuler pour 100 FCFA, mais il me paraît important de chercher à coller aux prix du marché. C’est une des façons de tenter de s’intégrer, de comprendre le monde et la vie économique qui nous entoure. C’est une façon de montrer du respect à tous ces individus avec qui l’on emprunte le même espace public.
Après quelques mois passé à Dakar les anecdotes, les fou rires ou les colères avec les taximen sont légions. On garde le numéro de certains, histoire de pouvoir refaire la route avec eux. D’autres vous raconte leur vie, leurs enfants, leurs femmes, et se lancent dans des critiques acerbes du pouvoir et de la vie cher à Dakar. Malheureusement il y a aussi les nerveux, discutant jusqu’au dernier moment le prix ou qui refusent de changer d’un rien l’itinéraire pour prendre un ami sur la route. Il y a aussi ceux dont on ne peut que difficilement comprendre comment les lois de la physique tolèrent encore leur activité du haut de leurs fébriles 4 roues. Enfin, il y a ceux qui n’ont jamais intégré le principe de la priorité. Ils ne se sont jamais trop demandé à quoi pouvais servir la pédale à côté de l’accélérateur… quand celle ci fonctionne encore.
Me voilà arrivé en un seul morceau à destination, al ramdhoulila ! Allons donc fêter cela autour d’une petite Gazelle** avec les copains ! Grâce à nos amis les taximen nous aurons toujours de quoi rafraichir nos discussions sans fin et notre compréhension encore bien embouteillé du Sénégal. Les petits toubabs ont encore de la route avant d’être au point sur le mode d’emploi du bon dakarois.