décembre 2008


Un samedi en France

Lundi 15 décembre 2008

Ce week-end j’ai passé mon samedi en France ! Sans billet d’avion, sans passeport, et sans sortir de Dakar… Oui c’est possible je vous assure. Cela peut déjà sembler une prestation remarquable, pourtant le tour de force ne s’arrête pas là. Non seulement j’ai réussi à passer quelques heures home sweet home, mais j’ai surtout réalisé cette prestation en très bonne compagnie. J’ai réussit à poser en photo avec l’homme qui va être le plus en vue ces prochains jours, celui que le monde entier va fébrilement attendre : le père noël !

Autant de prestidigitation en si peu de temps mérite explication. Contrairement à mes illustres confrères magiciens, je ne me ferais pas prier pour vous expliquer le truc.  En ce radieux samedi de décembre, certainement inspiré par la montée de la « féerie » de noël, nous nous sommes rendu entre amis dans le merveilleux monde de… Géant Casino !

Si partir faire ses courses en grande surface peut paraître une activité anodine en France, ici elle peut prendre un aspect très singulier, presque irréel. Le choc des folklores apparaît dans un premier temps comme un moment très amusant. Partir faire ses courses peut devenir une quête épique, digne des plus célèbres films Disney de digestion de repas de noël.  Au moment d’entrer dans le temple de la consommation, je me sens transporté une impression de voyage spatio-temporel : aller au supermarché dans une ville qui bouillonne  à la température de ses marchés de poissons, de légumes, de tissus, de statuts et d’attrape touristes… Passer dans les rayons de guirlande et de boites de chocolat après une après midi de baignade à la plage… Se laisser prendre en photo aux côtés d’un père noël sénégalais à barbe blanche synthétique… Voilà des grands écarts qui nous font vraiment franchir le mur du son.

En vérité, après le moment de rigolade, le merveilleux monde du Géant casino ressemble plus à une maison hantée.  On y retrouve de vieilles connaissances : l’entêtant pot de Nutella,  le terrible camember Président, ou encore les mystérieux mouchoirs en papier Lotus…  Tous les plus illustres invités du grand du bal de la publicité sont revenus achalander les allées. Une telle aventure dépose finalement une hôte pleine d’interrogation au pied de nos cerveaux enfumés. Sommes nous dans un parc d’attraction pour toubab mal expatrié ?  Est ce qu’il s’agit d’un nouveau vecteur d’implantation du virus du consumérisme sur la terre de la Teranga * ? Nous sommes peut être témoin ici d’une énième violente attaque de l’impérialisme dans un pays qui a bien du mal à développer son autonomie alimentaire…

Je ne prendrais malheureusement pas le temps de répondre à ces questions de manières sérieuses. Mais tout de même, en déambulant dans les rayons, certains faits s’imposent. Il y a bien quelques observations positives : tous ces jeunes qui s’activent aux caisses, dans les rayons, sur le parking. Le Géant Casino a bien du créer une centaine d’emplois. Espérons que cela compensera les dégâts que causera son implantation auprès de tous les petits épiciers et commerçants aux alentours…

Ma seconde observation invite cependant à plus de scepticisme. J’arpente les rayons, je décompte quelques étiquettes. Rapidement je me rends compte qu’il ne doit pas y avoir un seul rack, une seule gamme de produit, qui ne contiennent plus de 20% de produits sénégalais. Les gâteaux, les conserves, les produits d’hygiène et de lavage, ici rien de local. Le rayon Bio ne semble pas se sentir concerné, il se satisfait de ses produits suédois et asiatiques… Même les fruits et légumes ne goutent que très modérément le plaisir de parler le wolof. La menthe fraiche vient de France, elle coute dix fois plus cher que le basilic local…

Le coin des produits laitiers est envahit par les Danone et Nestlé, mais il s’en sort tout de même la tête haute : le début du rayon expose fièrement les produits de la Laiterie du Berger. Une entreprise sénégalaise qui travaille avec des éleveurs  du Sénégal pour fabriquer des produits laitiers locaux. Un projet enthousiasmant, mené par des gens passionnés et passionnants **. Souhaitons que leur aventure saura trouver les bons appuis et la persévérance indispensables pour faire face aux poids lourds internationaux de l’agroalimentaire.

Je suis bien conscient que mes observations et les sous entendus que je suggèrent sont assez sommaires.  Si il n’y a pas de force maléfique qui interdisent le développement des produits sénégalais, y a t  il pour autant une véritable volonté nationale ou international (FMI, Banque Mondiale, UE, AFD,…) qui va dans le bon sens ? Et si il y a des initiatives dans ce sens, quel sont leur poids vis à vis des dégât réalisés par les politiques de développement mono productrice  imposées par ces mêmes organismes *** ? Quel peuvent être leurs poids face au rouleau compresseur marketing et financier des multinationales ?

Quelques questions, bien naïves et sans réponse. Elles ne seront certainement pas reconnues à la caisse par le lecteur de code barre.  Nous arrivons à la fin du voyage, retour à Dakar. Nous quittons les guirlandes et la climatisation rutilante du simulateur d’hiver français. Un dernier signe à notre père noël. Assis sur son trône, il attend sa pause déjeuner. Il n’est pas encore né le méchant petit lutin consultant marketing qui lui fera changer son thiep bou dien**** contre un Big Mac frites !

 

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* teranga = l’hospitalité en wolof

** J’ai à plusieurs reprises eut l’occasion de les rencontrer, j’essaierai un jour d’en parler plus en détail.

*** Politiques qui poussent à la dépendance d’un pays, à développer l’odieux mécanisme de la dette, et ne permet pas un accès à l’autosuffisance alimentaire. Cette dernière étant  la toute première condition de développement d’une économie nationale. Quelques liens après une recherche rapide sur le net :

http://www.contre-pouvoir.be/content/une-domination-sans-partage/dette-exterieure/dette-exterieure.php

http://www.rinoceros.org/spip.php?page=mot2&id_mot=29&titre_mot=ouvrage〈=frhttp://www.cadtm.org/spip.php?article2555http://www.afriquechos.ch/spip.php?article1074

 **** Le plus incontournable des plats sénégalais, à base de poisson, de riz et de légumes.