Tout & Rien

Qu’est ce qu’on attend ?! 

 

Septembre 2008 restera surement comme le mois de la crise financière internationale. Cette dernière, avec l’entrée dans le sprint final des élections US, n’auront pas laissé beaucoup de temps de cerveau disponible au reste de l’actualité et du bouillon médiatique. Pourtant à mes yeux, il y aura bien eu un troisième temps fort. Quelque chose de grandiose, de puissant, d’électrique, d’historique même !… J’en rajoute d’autant plus que j’ai raté cet événement… Il s’agit de la reformation du groupe NTM et de leur série de concert à Paris ! Comment ça vous êtes déçu ?… Allez, je vous pardonne…

Cela me semble hier, je revoie encore le visage intrigué de mon père, pensant que son fils de 13 ans vient de tomber dans la délinquance. Je lui montrais fièrement mon dernier achat musical, “Paris sous les bombes”… J’en reécoute souvent ces derniers temps le morceau « Qu’est ce qu’on attend ? »

« Non personne n’est séquestré, mais s’est tout comme…nous dire que la France avance alors qu’elle pense / Par la répression stopper net la délinquance / … / Les coups ne régleront pas l’état d’urgence /… / Mais vous savez que ça va finir mal / … / Mais qu’est-ce, mais qu’est-ce qu’on attend pour foutre le feu ? / Mais qu’est-ce qu’on attend pour ne plus suivre les règles du jeu ? »

 

C’était il y a dix ans. Il fait froid dans le dos de retrouver ce texte en 2008 ou en 2005… Dix ans et aucune douce nostalgie, aucun ridicule sentiment de honte devant ses vieux CD d’ado boutonneux. Dix ans et des textes qui nous ramènent… aujourd’hui. Pas une lettre, pas une note qui ne sorte d’une boule de cristal. Si l’analyse est terriblement visionnaire, NTM ne se considèrera jamais pour autant comme le leader d’une génération, seulement comme son « haut parleur ». Dix ans mis à profit pour mettre le microphone là où cela fait mal, là où les autorités responsable de l’abandon de toute une partie de la population urbaine de région parisienne et de France. Les médias, les politiques, le grand public, ont bien du tendre l’oreille vers ce que leur cracher le haut parleur qui a tout de même réussit à vendre 3 millions d’album durant cette période. Mais qu’ont ils entendu ? Qu’en ont il retenu ?

 

NTM a été catégorisé comme un groupe violent et certains de leurs propos en public sur la police ont entraîné procès, amendes et prison avec sursis. Mais de quelle violence parle-t-on ? Il était tellement facile de dénigrer des propos, d’une redoutable pertinence, pour ne retenir que le folklore superficiel et provocateur. Au lieu de s’interroger sur les conséquences de la ghettoïsation de toute une partie de la nouvelle génération, le débat s’est focalisé sur la valeur subversive des textes. Qu’est ce qui rend une jeunesse violente ? Un refrain provocateur ? Un tag « Nique ta mère » ? Où le sentiment d’abandon, le manque de « respect », de considération ? En 2005, et aujourd’hui encore que voit on brûler lors des « émeutes de banlieues » ? Des commissariats ? Des mairies ? Des symboles de l’autorité ? Non, ce sont les voitures des riverains, les crèches et les gymnases du quartier. Comme autant de veines que s’entaille un adolescent un pleine crise d’identité, ne sachant où trouver toute la considération et l’attention auxquelles il aspire et mérite de droit.

 

« … pays où l’esprit critique est en crise, écrasé par l’assise des hypocrites qu’ont la mainmise / … / si on s’acharne à casser le Suprême (NTM), je crois qu’c’est parcu’on fait pas partie d’la solution mais plutôt du problème… » Pour mieux éviter les problèmes, il suffit de les déplacer. S’attacher à mettre en débat des sujets dérisoires, pour mieux masquer les vrais enjeux qui demanderaient à être discuté  en profondeur. Micro débat pour macro injustice. La question devrait être : Que faire pour remettre au sein de la société et de la république une jeunesse qui se perd ? Pour mieux ne pas y répondre, on lui préfère trop souvent des questions aux enjeux bien plus dérisoires. On se demande qu’elle peut être l’influence d’une musique aux textes et images violentes ? Comment supprimer la racaille ? Ne devrait on pas quitter un pays quand on ne l’aime pas ?…

 

Posons le microphone et suivons donc cette logique un instant. Tentons d’appliquer le « sample » sur d’autres « chansons à texte »… Tentons de le faire tourner de manière plus générale sur le monde d’immédiateté et de transparence dont veut se caractériser notre époque de communication. Un phénomène comme la surinformation ne deviendrait il pas alors un puissant remix de la censure ? Le citoyen n’est plus sevré mais noyé d’information. Il fallait se battre pour obtenir la vérité, désormais, il faut digérer, trier le « flow » qui nous arrive, et enfin distinguer le vrai du dérisoire. Travail bien plus périlleux, où le bon sens n’y suffira plus : Un groupe de musique populaire chante « Nique la Police », une femme policière est victime d’un viol. Un beat bien formaté est pourtant si facile à danser… Et la version semble déclinable à l’infini : Une guerre en Afrique massacre des populations, un groupe d’humanitaire part sauver des orphelins du conflit. Les caisses de l’Etat sont vides et il y a des gens qui fraudent aux aides sociales. Travailler plus pour gagner plus. On dit souvent que les faits sont tétus, Il a oublié d’être préciser qu’ils sont aussi très malins. Ce n’est pas parce que le son est plus fort qu’il en devient plus compréhensible.

 

Ainsi le bon sens nous chante que la punition remet dans le bon sillon. « Par la répression stoper net la délinquance ». Il est tellement tentant de faire appel au bon sens. Comment pouvoir accepter de vivre dans un monde ou rien ne serait vraiment noir ou blanc ; où les distance entre bien et mal serait plus flou qu’il n’y parait. L’homme a certainement besoin de repère sur lesquelles il peut se reposer. Simplification, stigmatisation, voilà de quoi apporter quelques dérisoires béquilles apaisantes et des raisonnements pleins de bon sens. Qui pourrait avoir le courage de s’exposer et de prendre le temps de l’explication et de la remise en question ? Qui pourrait effectuer une telle prouesse dans un reportage de 3 minutes formaté sans contrarier son employeur patron de grands groupe de communication ou d’industrie ? Qui pourrait prononcer un tel discours pédagogique dans un temps similaire sans pour autant contrarier ces soutiens financiers et contredire ce fameux bon sens que ses électeurs seront si facilement sensibles à suivre jusque dans les urnes ?…

 

Foisonnement des émetteurs d’information, complexité insondables des problématiques pour le citoyen anonyme. Il devient nécessaire  de prendre du recul sur ce qui nous est envoyé. De changer le microscope pour un macroscope. Que la tâche parait immense, inhumaine peut être. Qui peut se prévaloir d’une compétence assez sérieuse pour pouvoir parler de sujet aussi dense que la mondialisation ou l’économie de manière crédible ? Prendre conscience de la complexité de ce qui nous entoure, accepter le fait que nous ne sachons pas, sans pour autant en perdre notre capacité de critique, de curiosité… A défaut de pouvoir être sérieux, sachons déjà rester humble et intègre envers nous même et le monde qui nous entoure. Qu’est ce qu’on attend ?!